Réorienter l’export de vin français à l’international après le choc américain
Redéployer l’export de vin français à l’international après le choc américain
Le relèvement des droits de douane américains à 15 % sur les vins et spiritueux européens a rebattu les cartes des débouchés extérieurs pour les producteurs hexagonaux. Selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS, rapport 2023), cette mesure, appliquée sur une période de douze mois glissants, a entraîné une contraction estimée entre 20 et 25 % des volumes expédiés vers les États-Unis. Pour les domaines qui réalisaient jusqu’à 40 % de leur chiffre d’affaires export sur ce marché, cette chute impose un repositionnement rapide et structuré.
Le cœur du sujet n’est pas seulement la baisse des ventes de vins français outre-Atlantique, mais la capacité des entreprises à réallouer leurs ressources commerciales vers des zones plus porteuses. La France garde une place centrale dans le monde du vin, mais l’activité internationale doit désormais se penser comme un portefeuille équilibré entre plusieurs pays et plusieurs segments de vins et spiritueux. Les dirigeants de domaines savent que chaque erreur de ciblage peut coûter plusieurs millions de caisses sur un cycle de trois ans, surtout quand les prix moyens par bouteille dépassent largement les 10 euros départ cave.
Dans ce nouveau paysage, la prospection extérieure devient un exercice de précision, où chaque marché est analysé en termes de marge nette, de risque réglementaire et de stabilité de la demande. Les flux de vins et spiritueux français ne se résument plus à quelques destinations historiques comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, désormais fragilisés par les droits de douane et le Brexit. Les entreprises qui réussiront seront celles qui traiteront l’export comme un véritable business stratégique, et non comme un simple débouché complémentaire pour écouler des volumes.
Asie du Sud Est : un marché international en construction pour les vins et spiritueux français
L’Asie du Sud Est s’impose comme le premier relais de croissance crédible pour les producteurs français après le coup de frein américain. Singapour, la Thaïlande, le Vietnam et la Malaisie affichent une classe moyenne en expansion et une appétence croissante pour les vins français et les spiritueux d’origine France. Dans ces pays, la bouteille tricolore reste un produit statutaire, souvent associée au luxe accessible, avec des prix au détail qui peuvent tripler entre l’importateur et le consommateur final.
Sur ce marché fragmenté, les maisons françaises doivent accepter une logique de construction patiente plutôt qu’une recherche de volumes immédiats. Les vins et spiritueux bousculent des habitudes dominées par les bières et cidres locaux, ce qui impose un travail d’éducation auprès des sommeliers, des cavistes urbains et des chaînes d’hôtellerie. Les crus de Bordeaux et certains domaines de Bourgogne ou du Rhône trouvent une place naturelle sur les cartes des restaurants gastronomiques, mais la bataille se joue désormais aussi sur le segment premium accessible.
Pour sécuriser ce business en Asie du Sud Est, trois conditions reviennent systématiquement dans les retours de terrain. D’abord, un étiquetage adapté, avec mentions légales locales et parfois traduction partielle en anglais ou en langue locale, afin de rassurer les autorités et les consommateurs sur l’origine France et la catégorie d’alcools concernés. Ensuite, un distributeur local exclusif, capable de gérer à la fois les vins, les spiritueux et parfois les spiritueux bières, avec un suivi rigoureux du chiffre d’affaires par canal. Enfin, un investissement massif dans la formation des équipes locales, sommeliers et forces de vente, qui doivent comprendre la logique de terroir et la segmentation entre vins, spiritueux et autres alcools français.
Les prix de vente en Asie du Sud Est permettent souvent de compenser des volumes encore modestes, avec des marges supérieures à celles obtenues sur certains marchés européens saturés. Pour un domaine qui repositionne ses débouchés, viser quelques centaines de milliers de bouteilles sur Singapour et la Thaïlande peut déjà représenter plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires additionnel. Les flux de vins et spiritueux français dans cette zone restent encore loin des milliards d’euros réalisés en Europe ou en Amérique du Nord, mais la dynamique est clairement ascendante sur le marché mondial.
Pour les maisons de cognac et les producteurs de spiritueux français, l’Asie du Sud Est offre aussi un relais intéressant, même si la Chine voisine reste sous surveillance en raison des tensions commerciales. Les exportations de vins spiritueux, incluant le cognac et certains alcools haut de gamme, peuvent s’appuyer sur des circuits duty free et hôteliers très structurés. Dans cette logique, analyser les coûts logistiques, les droits d’accise et les contraintes de stockage humide devient aussi stratégique que le choix des cuvées de vins ou de spiritueux à mettre en avant.
Enfin, les décideurs qui arbitrent entre plusieurs marchés doivent intégrer la durée incompressible de montée en puissance. Sur l’Asie du Sud Est, la rotation export prend souvent entre 18 et 24 mois pour générer un flux régulier, le temps que les marchés testent les références, ajustent les prix et stabilisent les assortiments. Pour affiner cette stratégie, l’analyse des coûts et marges sur d’autres catégories d’alcools, comme le whisky en Espagne, fournit des repères utiles sur la construction de prix dans des environnements fiscaux complexes, comme le montre l’article consacré au coût du whisky en Espagne.
Afrique francophone premium : petits volumes, gros enjeux de marge pour les vins français
La deuxième piste sérieuse pour réorienter les ventes hors de France se situe en Afrique francophone premium. Côte d’Ivoire, Sénégal et Maroc, sur le segment hospitality haut de gamme, offrent un terrain où les vins français et les spiritueux tricolores bénéficient d’un capital d’image historique. Dans ces pays, la France conserve une place symbolique forte, et le vin français reste la référence naturelle pour les cartes de vins des hôtels et restaurants ciblant une clientèle internationale.
Les expéditions vers ces marchés ne joueront jamais dans la même catégorie de volumes que les États-Unis ou la Chine, mais la logique est différente. Ici, l’enjeu n’est pas de vendre des millions de caisses, mais de construire un business rentable sur des segments à forte valeur ajoutée, avec des prix par bouteille nettement supérieurs à la moyenne. Les entreprises qui réussissent en Afrique francophone premium sont celles qui acceptent la complexité réglementaire, la variabilité des taxes sur les alcools français et les contraintes logistiques liées aux climats chauds et humides.
Sur le terrain, les domaines positionnent souvent leurs vins de Bordeaux, leurs cuvées signature et certains vins spiritueux comme le cognac sur des circuits très ciblés. Les expéditions se concentrent sur les hôtels 4 et 5 étoiles, les clubs privés et les cavistes urbains premium, où la clientèle accepte des prix élevés pour des vins et spiritueux perçus comme des marqueurs de statut. Dans ce contexte, les exportations de vins spiritueux, notamment le cognac, peuvent générer plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires avec des volumes relativement limités, ce qui améliore le mix produit global.
La pression réglementaire sur les boissons alcoolisées varie fortement d’un pays à l’autre, ce qui impose une veille permanente pour les entreprises françaises. Au Maroc, la visibilité des alcools français en rayon reste encadrée, tandis qu’en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, la distribution des vins et des spiritueux bières dans les GMS et les circuits CHR suit des règles différentes. Les flux de vins et spiritueux doivent donc être pilotés pays par pays, avec une attention particulière aux délais de dédouanement, aux conditions de stockage et aux risques de rupture de chaîne du froid pour certaines références sensibles.
Pour un décideur qui cherche à compenser la baisse des ventes vers les États-Unis, l’Afrique francophone premium ne remplacera pas en volume ce qui a été perdu, mais elle peut sécuriser une partie des marges. Un portefeuille combinant vins français, cognac et éventuellement quelques références de bières et cidres premium permet de répondre à la demande des hôtels internationaux qui souhaitent un assortiment complet d’alcools français. Sur le marché international, cette diversification par catégorie renforce aussi la position de la France face à la concurrence des pays du Nouveau Monde.
La clé reste la sélection des partenaires locaux, souvent des entreprises familiales solides, capables de gérer à la fois les vins, les spiritueux et parfois les spiritueux bières pour le hors domicile. Les expéditions vers ces marchés exigent un accompagnement terrain régulier, avec des visites de domaines, des formations d’équipes et un suivi précis du chiffre d’affaires par point de vente. Pour les décideurs qui veulent aller plus loin dans la valorisation de leurs cuvées sur des marchés émergents, l’exemple d’agences spécialisées dans la mise en avant de pépites viticoles, comme présenté dans cette interview sur la valorisation des domaines du Sud, offre des pistes opérationnelles transposables.
Mexique et Canada : un duo nord américain pour rééquilibrer les exportations de vins français
Le troisième axe pour absorber le choc tarifaire américain passe par un duo nord américain alternatif : Mexique et Canada. Le Canada représente déjà environ 8 % des exportations de vins français en valeur, selon les données agrégées de la FEVS sur la dernière campagne disponible, grâce à un marché structuré et solvable, tandis que le Mexique monte en puissance sur le segment premium urbain. Pour un décideur qui pilote l’export de vin français à l’international, ces deux pays offrent une combinaison intéressante entre stabilité réglementaire et potentiel de croissance.
Au Canada, les expéditions de vins et spiritueux français sont encadrées par des monopoles provinciaux comme la SAQ au Québec ou la LCBO en Ontario. Ces acteurs imposent des règles de référencement strictes, mais ils offrent en contrepartie une visibilité forte aux vins français, aux vins de Bordeaux et aux spiritueux bien positionnés. Les prix de vente sont encadrés, les volumes prévisibles, et les entreprises qui maîtrisent ces circuits peuvent sécuriser un chiffre d’affaires régulier, parfois exprimé en centaines de millions d’euros sur l’ensemble du portefeuille vins et spiritueux.
Le Mexique, de son côté, fonctionne davantage comme un marché international concurrentiel, où les vins français affrontent les vins chiliens, argentins et espagnols sur les linéaires des GMS et les cartes des restaurants. Les expéditions vers ce pays se concentrent sur les grandes métropoles comme Mexico, Monterrey ou Guadalajara, où une classe moyenne supérieure consomme du vin de manière régulière. Les entreprises qui y réussissent combinent souvent vins, cognac et autres alcools français, en s’appuyant sur des distributeurs capables de gérer plusieurs millions de caisses sur l’ensemble de leur portefeuille.
Pour ces deux pays, la question des prix reste centrale, car le consommateur compare de plus en plus les étiquettes entre origines. Les vins français doivent justifier un différentiel de prix par rapport aux vins du Nouveau Monde par une promesse claire de qualité, d’origine et de style, sous peine de perdre leur place en rayon. Les exportations de vins spiritueux, notamment le cognac et certains spiritueux français premium, bénéficient d’une image plus protégée, mais la concurrence des whiskies et des tequilas impose une vigilance constante sur le positionnement tarifaire.
Dans ce contexte, l’exportation de vin français à l’international vers le Canada et le Mexique doit être pensée comme un pilier structurant du portefeuille, et non comme un simple complément aux États-Unis. Les entreprises qui arbitrent leurs budgets commerciaux entre ces trois pays nord américains doivent intégrer les droits de douane, les coûts logistiques et les délais de paiement pour calculer un véritable retour sur investissement. Pour affiner ces arbitrages, l’analyse des dynamiques concurrentielles détaillées dans l’article sur la rivalité internationale et les leaders du marché viticole offre un cadre utile pour comparer les marchés.
Enfin, il faut rappeler que la rotation export sur ces marchés prend du temps, souvent entre 18 et 24 mois entre les premiers contacts et les premières commandes significatives. Les expéditions de vins français et de vins spiritueux vers le Canada et le Mexique exigent une constance dans l’effort, avec des plans d’animation annuels, des visites de domaines et une présence régulière sur les salons professionnels. Pour un domaine français, accepter cette temporalité longue n’est pas un argument marketing, c’est un choix fondateur pour sécuriser sa place sur le marché mondial.
Marchés à tenir à distance : Chine, Royaume Uni et États Unis sous haute contrainte
Face à la tentation de compenser rapidement la baisse des exportations de vins vers les États-Unis, certains marchés doivent être abordés avec une prudence extrême. La Chine, le Royaume-Uni et les États-Unis eux-mêmes cumulent aujourd’hui des risques commerciaux, réglementaires et politiques qui fragilisent l’export de vin français à l’international. Pour un décideur, la question n’est pas de sortir totalement de ces pays, mais de cesser d’y concentrer l’essentiel du business.
En Chine, les exportations de vins et spiritueux français subissent un environnement mouvant, marqué par des enquêtes antidumping sur certains spiritueux et un climat politique moins favorable aux importations européennes. Les vins français, les cognacs et d’autres alcools français restent présents sur le marché, mais la visibilité à moyen terme se réduit, ce qui complique les investissements lourds en marketing ou en structure locale. Les entreprises qui y restent actives doivent piloter leurs exportations de vins spiritueux avec des scénarios de risque, en intégrant la possibilité de nouvelles barrières tarifaires ou non tarifaires.
Le Royaume-Uni, longtemps premier débouché pour les vins de Bordeaux et les vins français en général, est désormais un marché sous pression. Le Brexit a renchéri les coûts logistiques et complexifié les formalités, tandis que la concurrence des vins chiliens, argentins et australiens s’est intensifiée sur les linéaires. Les expéditions vers ce pays restent significatives en valeur, mais la bataille des prix tire les marges vers le bas, ce qui fragilise le chiffre d’affaires des entreprises les plus exposées.
Quant aux États-Unis, la hausse des droits de douane à 15 % sur les vins et spiritueux européens a déjà provoqué une baisse de 20 à 25 % des exportations françaises selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux, sur la base des statistiques douanières consolidées sur un an. Les vins français, les vins spiritueux et les cognacs y restent recherchés, mais le différentiel de prix avec les vins locaux ou d’autres pays devient difficile à défendre sur certains segments. Pour un domaine français, continuer à investir massivement sur ce marché sans diversification parallèle revient à accepter une dépendance stratégique à un pays sous tension commerciale.
Dans ces trois pays, le marché mondial du vin montre aussi ses limites, avec une consommation en recul et une montée en puissance d’autres catégories comme les bières et cidres ou les spiritueux bières aromatisés. Les exportations de vins français à l’international doivent donc être arbitrées en tenant compte de cette évolution structurelle de la demande, qui ne joue pas toujours en faveur du vin. Les entreprises qui pilotent leur business à l’échelle du monde doivent accepter que certains marchés restent importants en image, mais moins prioritaires en termes d’investissements à court terme.
La vraie question pour un décideur n’est plus de savoir si la Chine, le Royaume-Uni ou les États-Unis resteront des marchés clés pour les vins français, mais à quel niveau de risque et de volatilité. Les exportations de vins et spiritueux vers ces pays doivent être intégrées dans un portefeuille global, où les gains potentiels sont mis en balance avec les contraintes réglementaires, les droits de douane et la pression concurrentielle. Dans cette logique, réallouer une partie des volumes et des budgets vers l’Asie du Sud Est, l’Afrique francophone premium, le Mexique ou le Canada devient un mouvement défensif autant qu’une stratégie de conquête.
Comment structurer une stratégie export résiliente pour les vins et spiritueux français
Construire une stratégie d’export de vin français à l’international résiliente commence par un diagnostic lucide du portefeuille actuel. Chaque domaine français doit cartographier ses exportations de vins et spiritueux par pays, en valeur, en volume et en marge nette, pour identifier les dépendances excessives. Cette analyse doit intégrer les vins, les vins spiritueux comme le cognac, mais aussi les autres alcools français éventuellement présents dans l’offre.
Une fois ce diagnostic posé, la réallocation vers de nouveaux marchés doit suivre une logique de priorisation claire. Les entreprises françaises peuvent classer les pays en trois catégories : marchés de volume, marchés de marge et marchés d’image, en tenant compte du marché international et du marché mondial du vin. Les expéditions vers l’Asie du Sud Est ou l’Afrique francophone premium relèvent souvent des marchés de marge, tandis que le Canada ou certains pays européens restent des marchés de volume plus stables.
Sur le plan opérationnel, trois chantiers structurants s’imposent pour les exportations de vins et spiritueux. D’abord, la mise à niveau réglementaire, avec par exemple un audit GACC ou CIFER pour la Chine si une présence minimale est maintenue, ou l’obtention de certifications spécifiques comme la BPL pour certains marchés asiatiques. Ensuite, la renégociation ou la création de contrats de distributeurs locaux, en veillant à couvrir l’ensemble du portefeuille, des vins aux spiritueux bières, avec des objectifs de chiffre d’affaires réalistes et des clauses de sortie claires.
Le troisième chantier concerne la construction de marque à l’export, qui ne peut plus se limiter à la réputation générique des vins français. Les domaines doivent articuler un récit précis autour de leurs terroirs, de leurs méthodes de vinification et de leur positionnement prix, en l’adaptant à chaque pays. Les exportations de vins spiritueux, notamment le cognac et certains alcools français haut de gamme, exigent un travail similaire, avec une pédagogie sur l’origine, les appellations et les usages de consommation.
Dans cette démarche, l’exportation de vin français à l’international doit être pilotée comme un véritable business France à l’échelle du monde, avec des indicateurs de performance clairs. Les entreprises qui réussissent sont celles qui suivent de près leurs exportations de vins, leurs exportations de vins spiritueux et leurs autres catégories, en croisant les données de volumes, de prix moyens et de marges par marché. La rotation export sur 18 à 24 mois impose une vision de moyen terme, où chaque décision prise aujourd’hui impactera le chiffre d’affaires et la place de la marque sur le marché mondial dans deux ans.
Enfin, la gouvernance interne joue un rôle décisif. Les directions export doivent travailler main dans la main avec les équipes production pour ajuster les volumes de vins, de vins de Bordeaux, de cognac ou d’autres spiritueux français en fonction des signaux du marché international. Pour un décideur, accepter de réduire certains volumes sur des marchés saturés pour réallouer des allocations à des pays en croissance n’est pas un argument marketing, c’est un choix fondateur qui conditionne la pérennité du domaine.
Horizon, risques et leviers : ce que les décideurs doivent anticiper
Le temps long est la variable la plus sous estimée dans l’export de vin français à l’international. Entre la première prospection sur un nouveau marché et la stabilisation d’un flux régulier d’exportations de vins et spiritueux, il faut souvent compter 18 à 24 mois. Cette durée inclut les négociations, les tests de marché, les ajustements de prix et la montée en puissance progressive des volumes.
Sur cet horizon, les risques sont multiples et doivent être intégrés dès la conception de la stratégie. Les entreprises françaises doivent anticiper les fluctuations de change, les évolutions réglementaires sur les alcools français et les possibles retournements de tendance de consommation, notamment la montée des bières et cidres ou des spiritueux bières sur certains marchés. Les exportations de vins français à l’international ne peuvent plus être pilotées uniquement à partir des historiques de ventes, car le marché mondial du vin est entré dans une phase de recomposition structurelle.
Pour limiter ces risques, plusieurs leviers concrets sont à la disposition des décideurs. La diversification géographique, en répartissant les exportations de vins et de vins spiritueux sur une dizaine de pays plutôt que trois ou quatre, réduit mécaniquement l’exposition à un choc tarifaire ou réglementaire. La diversification par catégorie, en combinant vins, cognac et autres spiritueux français, permet de capter des poches de croissance même lorsque la consommation de vin stagne.
Le pilotage fin des prix constitue un autre levier majeur. Les entreprises françaises doivent accepter de segmenter davantage leurs gammes, avec des vins français d’entrée de gamme compétitifs, des cuvées intermédiaires pour les marchés en croissance et des références haut de gamme pour les circuits premium. Les exportations de vins spiritueux, notamment sur le cognac, peuvent contribuer à tirer vers le haut le prix moyen par caisse, ce qui compense partiellement la baisse de volumes sur certains marchés historiques.
Enfin, la transparence et la qualité de l’information interne deviennent des atouts décisifs. Les directions export qui disposent de données fiables sur leurs exportations de vins, leurs exportations de vins spiritueux et leurs autres catégories peuvent ajuster rapidement leurs plans d’action. Dans un environnement où la consommation mondiale de vin recule et où la concurrence s’intensifie, la capacité à décider vite sur la base de faits, et non d’intuitions, n’est pas un argument marketing, c’est un choix fondateur pour rester dans le peloton de tête du marché international.
Chiffres clés pour comprendre le nouvel équilibre de l’export de vin français
| Indicateur | Valeur | Source indicative |
|---|---|---|
| Droits de douane américains sur vins et spiritueux européens | 15 % | FEVS, statistiques douanières consolidées |
| Baisse des exportations françaises vers les États-Unis | -20 à -25 % en volume | FEVS, rapport 2023 |
| Part du Canada dans les exportations de vins français (valeur) | ≈ 8 % | FEVS, données récentes |
| Évolution de la consommation mondiale de vin | -2,7 % (niveau le plus bas depuis la fin des années 1950) | Estimations d’organismes internationaux du marché viticole |
| Horizon moyen de mise en place d’une nouvelle stratégie export | 18 à 24 mois | Retours d’expérience de domaines exportateurs |
- Les droits de douane américains sur les vins et spiritueux européens ont été relevés à 15 %, provoquant une baisse estimée entre 20 et 25 % des exportations françaises vers les États-Unis selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux, sur la base des données douanières consolidées sur douze mois.
- La consommation mondiale de vin a reculé d’environ 2,7 %, atteignant son niveau le plus bas depuis la fin des années cinquante, d’après les estimations d’organismes internationaux de suivi du marché viticole, ce qui confirme une tendance structurelle à la baisse sur le marché mondial.
- Le Canada représente environ 8 % des exportations de vins français en valeur, selon les statistiques récentes de la FEVS, ce qui en fait l’un des premiers marchés hors Union européenne pour les vins et spiritueux français.
- Sur certains marchés asiatiques premium, les prix de vente au détail des vins français peuvent être multipliés par trois entre le départ cave et le consommateur final, ce qui illustre le potentiel de marge malgré des volumes encore limités.
- La mise en place d’une nouvelle stratégie export, depuis la prospection jusqu’à la stabilisation des flux, nécessite généralement entre 18 et 24 mois, un horizon à intégrer dans toute décision de réallocation de marchés.
FAQ sur l’export de vin français vers de nouveaux marchés internationaux
Quels sont aujourd’hui les trois marchés les plus pertinents pour réorienter les exportations de vins français après les États Unis ?
Les trois zones les plus cohérentes pour réallouer l’effort commercial sont l’Asie du Sud Est (Singapour, Thaïlande, Vietnam, Malaisie), l’Afrique francophone premium (Côte d’Ivoire, Sénégal, Maroc sur le segment hospitality) et le duo Mexique Canada. Ces marchés combinent croissance de la demande, capacité à valoriser les prix des vins français et des spiritueux français, et risques réglementaires jugés maîtrisables à moyen terme. Ils ne remplacent pas totalement les volumes américains, mais ils offrent des relais de marge et de diversification indispensables.
Pourquoi la Chine et le Royaume Uni sont ils considérés comme des marchés à risque pour les vins français ?
La Chine est aujourd’hui marquée par des tensions commerciales, avec des enquêtes antidumping sur certains spiritueux et un environnement politique moins prévisible pour les importations européennes. Le Royaume-Uni, de son côté, subit les effets du Brexit, qui a renchéri les coûts logistiques et renforcé la concurrence des vins du Nouveau Monde sur les linéaires. Dans les deux cas, les exportations de vins français restent importantes, mais la volatilité et la pression sur les marges incitent à limiter la dépendance.
Combien de temps faut il pour qu’un nouveau marché export devienne réellement rentable pour un domaine français ?
Dans la plupart des cas, il faut compter entre 18 et 24 mois pour qu’un nouveau marché export atteigne un niveau de ventes régulier et rentable. Cette période inclut la phase de prospection, les premières commandes tests, les ajustements de prix et la montée en puissance des volumes. Les domaines français qui réussissent à l’international sont ceux qui acceptent cette temporalité longue et qui maintiennent un effort commercial constant pendant toute cette phase.
Comment arbitrer entre marchés de volume et marchés de marge pour les exportations de vins et spiritueux ?
Un arbitrage efficace repose sur une segmentation claire des pays en trois catégories : marchés de volume, marchés de marge et marchés d’image. Les marchés de volume, comme certains pays européens ou le Canada, permettent d’écouler des quantités importantes avec des marges unitaires plus faibles. Les marchés de marge, comme l’Asie du Sud Est ou l’Afrique francophone premium, offrent des prix moyens plus élevés mais des volumes plus limités, ce qui impose une gestion fine des allocations et des priorités commerciales.
Quel rôle jouent les autres alcools français, comme le cognac, dans une stratégie export globale ?
Les autres alcools français, en particulier le cognac et certains spiritueux français premium, jouent un rôle d’équilibrage dans une stratégie export globale. Ils permettent de tirer vers le haut le prix moyen par caisse et de capter des segments de consommation différents de ceux du vin, notamment dans l’hôtellerie haut de gamme et le duty free. Intégrer ces catégories dans les exportations de vins et spiritueux renforce la résilience globale du portefeuille face aux fluctuations de la consommation de vin.